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Contributions

Philippe Boyer

directeur du développement d’Urbis Park

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" Ville, ô ma ville… suis-je la plus smart ? "

En 2050, la population mondiale sera de 10 milliards d’habitants, dont 7,5 milliards d’urbains. Habitat, travail, déplacements, approvisionnement en nourriture, gestion énergétique, mais également participation des citoyens à la décision locale… autant de phénomènes qui imposent de repenser la ville par et grâce aux nouvelles technologies. La « smart city » ou ville intelligente sera-t-elle l’avenir de « l’homo-urbanus » ? Dans son livre, « Ville connectée = vies transformées » Philippe Boyer donne les clés de ce monde en mutation.

Le réveil de Dina a sonné plus tôt que d’habitude. C’est son application trafic qui l’alerte que le pic de pollution annoncé nécessite qu’elle parte quinze minutes plus tôt pour éviter les embouteillages. Les passagers des transports en commun recevront, quant à eux, une alerte personnalisée sur leurs smartphones les informant que bus et tramways changeront leurs itinéraires et adapteront leurs fréquences. Pour tous les autres services publics de la ville (collecte des ordures…), les écrans GPS embarqués permettront de modifier les tournées. Nous sommes en 2025, et l’immense métropole urbaine où habite Dina est une ville « intelligente » dans laquelle des nouveaux services fleurissent grâce aux nouvelles technologies.

Le concept de ville intelligente s’est imposé dans les années 2000. L’ambition des promoteurs – de grandes entreprises du secteur technologique – était de « repenser la ville » en inventant de nouveaux services qui permettent d’améliorer les transports, la propreté ou de réduire les dépenses en énergie ; tout cela grâce à l’essor des réseaux de communication. Pour autant, on ne peut réduire la ville intelligente à une seule vision techno-centrée et servicielle, sorte de solution miracle capable de rendre les services urbains plus efficients. Pour que la ville devienne réellement « smart », c’est-à-dire « agile », « évolutive »… d’autres dimensions, technologiques et humaines, doivent être intégrées pour permettre cette transformation en profondeur.

Les nouveaux défis des villes

Les villes sont de formidables laboratoires pour le déploiement des technologies numériques fondées sur les réseaux énergétiques (smart grids), liées à la mobilité (voiture électrique), aux objets connectés, à l’ouverture des données publiques (Open Data), ou encore aux systèmes analytiques de traitement des masses de données (Big Data). Ainsi, et pour les villes qui auront décidé de placer ce Big Data au cœur de leurs projets de rénovation et de leur processus décisionnel, la gestion de leur ressources s’en trouvera optimisée. Aux États-Unis, Baltimore utilise déjà ces technologies pour rationaliser ses ressources budgétaires, en arrêtant notamment de financer les services qui n’ont pas de résultats concrets. Le Big Data permet ainsi de mettre l’accent sur des projets efficaces qui légitimeront d’autant plus le consentement à l’impôt et permettront, via la collecte massive de données, de cibler davantage les besoins des citoyens, d’identifier leurs problèmes, et donc, de mieux orienter les réponses à leur apporter. Couplé à l’Internet des objets, ce Big Data pourra également servir à analyser et à mesurer la qualité de la vie urbaine, permettant, par exemple, de savoir si la fluidité du trafic est assurée. Une équipe du MIT Senseable City Lab travaille sur un mécanisme de collecte de données détaillées sur les prévisions météorologiques permettant de mieux orienter les taxis vers les zones où il pleut, dans un laps de temps d’environ 10 minutes avant le début des intempéries.

On ne peut réduire la ville intelligente à une seule vision technocentrée et servicielle, sorte de solution miracle capable de rendre les services urbains plus efficients. Philippe Boyer

En complément, cette ville intelligente ne pourra se faire que si les citoyens sont incités à prendre une part active à cette transformation. Que l’on parle d’agriculture urbaine, qui contribue à mieux assurer l’indépendance alimentaires des villes, de gouvernance 2.0, qui permet au citoyen connecté d’interagir quasi en direct avec les élus, ou de « co-construction » de la ville portée par l’essor de l’économie du partage et son lot de nouvelles initiatives créatrices (hackatons, fablabs)…, on voit que cette ville intelligente permet un nouveau partage des ressources et des infrastructures comme les transports collectifs, les réseaux électriques et numériques. Elle permet un accès facile aux services de proximité et la création de communautés interconnectées, avec une diversité d’expressions, de cultures et d’idées qui constituent autant d’atouts dans un monde globalisé. Les mettre en avant est un moyen pour les villes de se démarquer, tout en gardant une spécificité, une identité propre.

Les acteurs de l’immobilier aux premières loges de cette ville numérique

Comment les acteurs de l’immobilier peuvent-ils être moteurs pour bâtir cette ville intelligente ? Une chose est certaine, ils sont aux premières loges de cette transformation urbaine impulsée par nos nouveaux modes de vie numériques. Mutabilité des bâtiments, prise en compte de la révolution des usages dans l’aménagement des espaces de travail, indépendance énergétique des immeubles en les connectant au quartier pour créer de nouveaux smart grids, crowdfunding, participation à des initiatives locales de type WikiBuilding (association de multiples contributions : architectes, urbanistes, promoteurs, spécialistes de la mobilité, citoyens… ) autant de thèmes qui prennent une importance croissante dans les choix d’investissements pour que se développe, urbi et orbi, cette ville intelligente.

Comment la ville numérique va transformer nos vies

Ville connectée = vies transformées. C’est l’équation d’un ouvrage qui vient de paraître aux Éditions Kawa sous la plume de Philippe Boyer, directeur du développement, de la communication et du marketing chez Urbis Park. Fondu de numérique et d’innovation, l’auteur s’est jeté dans la rédaction d’un ouvrage passionnant et rafraîchissant sur un sujet devenu incontournable, mais aussi inépuisable. Avec six angles de vues originaux : la ville innovante, la ville anticipatrice, la ville engagée, la ville enthousiaste, la ville audacieuse et la ville dépendante. Optimiste mais jamais béat, Philippe Boyer aborde la ville connectée avec un bonheur communicatif. « J’ai senti que la ville numérique était au cœur du bouillonnement, à la croisée des chemins. Dans ce contexte, les acteurs économiques se posent des questions. Il est temps de faire émerger toutes ces initiatives », a commenté Philippe Boyer.

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